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Lundi 24 décembre 2007
Aux quatre coins du monde, le sapin brillamment décoré est le symbole de Noël, mais d'où vient cette tradition de l'arbre aux ornements et aux cadeaux ? Comment s'est-elle imposée ?

Sapin de Noël

Le sapin de Noël a ses racines à la fois dans les rites païens de célébration du solstice d'hiver et dans la Réforme. Il est en effet resté presque strictement protestant et nordique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis les régions catholiques et latines l'ont adopté. Et la tradition du don et des cadeaux qui lui est associée n'est pas récente : l'arbre de Noël a toujours porté des présents - victuailles, confiseries, jouets, voire objets précieux - sur ses branches ou à son pied. Aujourd'hui, le sapin de Noël a achevé sa conquête mondiale, laissant chacun libre de l'investir du sens qui lui plaît : mercantile, magique, religieux, nostalgique, oecuménique, laïque ou ésotérique.

Rappel historique

Les pyramides de Noël sont les précurseurs du sapin de Noël ; il s'agit de constructions de bois sculpté également appelées « paradis », où l'on plaçait des pommes, des noix ou des pains d'épices. Leur usage remonte au Moyen Age et aux représentations des mystères de Noël, que l'on jouait sur les parvis des églises. Les pommes symbolisaient le bannissement d'Adam et Eve du Paradis.
A la fin du XVIe siècle, deux chroniques évoquent la présence, à Bâle et à Strasbourg, d'un « arbre à offrandes », que certaines confréries installent à Noël dans leur salon de corporation. On y suspend des décorations de papier, des pommes, des hosties, des morceaux de fromage et des sucreries, que les enfants des marchands sont invités à venir piller le jour de l'Épiphanie. En quelques décennies, cet arbre décoré fait son entrée dans le salon des familles nobles des régions germanophones.
Au XVIIIe siècle, la noblesse allemande fête Noël autour de petits arbres en buis sur les branches desquelles on fixe des bougies. A leur pied, on dispose des présents pour les enfants (poupées, douceurs, argenterie).
Au XIXe siècle, la tradition alsacienne s'est imposée, et l'arbre de Noël est un sapin qui gagne en popularité auprès de la bourgeoisie fortunée d'Allemagne, mais aussi de Scandinavie, de Grande-Bretagne et des États-Unis.
A partir de 1945, l'usage de l'arbre de Noël s'impose dans les régions catholiques et latines, ainsi que chez M. et Mme Tout-le-monde. La décoration s'individualise selon les modes et les traditions familiales.

Soirée de Noël, vers 1860

Décorations

Apporter chez soi des branches d'arbre à feuillage persistant (houx, gui, buis, laurier, if, pin, épicéa) pour célébrer le solstice d'hiver est une tradition qui remonte à l'époque païenne et qui symbolise la vie. On attribuait aux pointes des feuilles de houx et aux aiguilles des conifères le pouvoir de chasser les mauvais esprits. La cueillette de branches d'arbres fruitiers à la Sainte-Barbe (le 4 décembre) qui fleurissent dans un vase à Noël s'inscrit dans cette même tradition.
Comme la cire d'abeille était très coûteuse, les bougies sont longtemps restées l'apanage des nantis. Leur usage pour décorer le sapin s'est démocratisé avec l'invention de la paraffine en 1830. Aujourd'hui, elles sont remplacées par des guirlandes électriques.
Les décorations de Noël en verre coloré apparaissent dans la seconde moitié du XIXe siècle, et coexistent avec les pommes et les noix traditionnelles avant de prendre définitivement l'avantage. Au cours des décennies, leurs parois, d'abord lourdes et épaisses, ne cessent de s'affiner avec les progrès de l'industrie du verre - pour devenir finalement les bulles chamarrées et fragiles que l'on connaît aujourd'hui.

Source : Catherine Riva


Joyeux Noël !
par Théo publié dans : Petites histoires
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Jeudi 13 décembre 2007
« Je ne vois guère que l'abricot comme fruit possible ramené des croisades par les chrétiens. » C'est ainsi que l'historien Jacques Le Goff a résumé le bilan des huit croisades qui se sont succédé entre 1095 et 1270, engageant plusieurs centaines de milliers de chrétiens. Ces pèlerinages armés ont fait la synthèse entre "foi" - le pèlerinage à Jérusalem valait rémission des péchés - et "guerre", considérée comme juste par la papauté si elle était déclarée contre les ennemis de l'Église.
Petit rappel chronologique…


Les croisades
 
Quatre États latins en Orient

1095 : le pape Urbain II prêche la première croisadeEn 1095, l'empereur byzantin sollicite l'aide militaire de mercenaires occidentaux contre les Turcs. Au même moment, des récits de mauvais traitements qu'auraient subis les pèlerins en route vers Jérusalem se répandent. Au concile de Clermont, le pape Urbain II (1042-1099) décide alors de prêcher la croisade, promettant la remise de pénitence à tous ceux qui endosseront la "croix" du Christ pour reprendre le Saint-Sépulcre aux musulmans. Cet appel remporte immédiatement un très grand succès, autant auprès des chevaliers que des classes populaires, galvanisées par des prédicateurs comme Pierre l'Ermite (1050-1115). Certains de ces groupes s'en prennent aux communautés juives des villes qu'ils traversent mais plusieurs seront dispersés en route. Seules les armées constituées arrivent à Constantinople, en 1096. L’année suivante, elles se dirigent vers la Syrie. La croisade se transforme alors en une véritable entreprise de conquête.  1099 : siège de Jérusalem
Dès mars 1098 sont fondés le comté d'Édesse et la principauté d'Antioche. Puis les croisés s’emparent de Jérusalem qu’ils mettent à sac l’année suivante. Ils conquièrent l’ensemble du pays et des ports du littoral. Godefroy de Bouillon (1061-1100) prend la tête du royaume de Jérusalem, Raymond de Saint-Gilles (1042-1105) celle du comté de Tripoli. Constamment menacés par les Turcs, les quatre États latins résistent victorieusement au cours des décennies suivantes.
 
L'offensive de Saladin

1187 : prise de Jérusalem par Saladin
Les exactions commises par les croisés émeuvent les musulmans et l'Islam se mobilise, stimulé par la menace chrétienne. En outre, les États latins occupent le littoral méditerranéen et gênent la Syrie dans ses relations économiques. L'émir Zengî (1084-1146) reprend la lutte et prône le rassemblement des musulmans pour défendre l'islam : c'est l'appel au djihad. Il s'empare d'Édesse en 1145. Ce revers important conduit quelques mois plus tard à une deuxième croisade. C'est un échec : le comté d'Édesse est définitivement perdu en 1151. Chargé du gouvernement de l'Égypte et de la Syrie à partir de 1175, l'émir Saladin (1138-1193) se fait le champion de la guerre sainte. Il multiplie, à partir de 1181, les raids destructeurs puis écrase l'armée chrétienne en 1187 à Hattin. Peu après, Jérusalem est à nouveau aux mains des musulmans.
 
La chute de Jérusalem

1191 : Prise de Saint-Jean d'Acre
Dès que la nouvelle du désastre est connue en Occident, le pape décide d'appeler à une troisième croisade. Saladin est défait. Une trêve, conclue en 1192, laisse la côte aux chrétiens et garantit la liberté de pèlerinage à Jérusalem. La troisième croisade empêche donc l'effondrement total de la Syrie "franque". Mais la plus grande partie des territoires conquis un siècle plus tôt est perdue. Le pape Innocent III (1160-1216) ordonne la prédication d'une quatrième croisade. Elle est détournée de son objectif au profit des Vénitiens. L’expédition se termine par la prise de Constantinople, mise à sac par les croisés en 1204, alors que Jérusalem reste aux mains des infidèles.
 
Dernières croisades

1270 : Mort de Saint Louis lors de la VIIIe croisade
Les trois croisades suivantes, mal dirigées, sont compromises par les divisions entre les chefs chrétiens. Les derniers fiefs latins résistent jusqu'aux attaques des Mamelouks d'Égypte. La huitième et dernière croisade, dirigée par Saint Louis (1214-1270), assiège Tunis au lieu de se porter vers la Terre sainte. Le roi de France meurt en Afrique et les derniers territoires latins d'Orient tombent les uns après les autres. Seule Chypre demeure chrétienne. À la fin du XIIIe siècle, l’élan religieux des premières expéditions a totalement disparu.
 
Bilan très mitigé

1204 : Prise de Constantinople par les croisés
Au-delà des expéditions militaires et de leur échec final, les croisades ont été l'occasion d'échanges multiples entre des mondes étrangers. Les zones de contact – l'Espagne, la Sicile et la Palestine – deviennent des régions très dynamiques tant du point de vue commercial que du point de vue culturel. Cependant, les conséquences sont inégales selon les civilisations. L'idée de croisade est restée totalement étrangère à la mentalité byzantine. Le déferlement de masses inorganisées de pauvres gens et de soldats fanatiques n'avait rien de commun avec l'appoint de mercenaires attendu par Byzance. L'incompréhension mutuelle entre Occidentaux et Orientaux conduit au sac de Constantinople lors de la quatrième croisade en 1204. La mésentente, latente depuis plusieurs siècles, s'est muée en hostilité déclarée. La rupture dans la chrétienté, entre catholiques et orthodoxes, sera définitive.
1215 : Juifs portant la rouelle condamnés au bûcherÀ l'égard du monde musulman, les croisés sont apparus comme des ennemis et des envahisseurs. Ils sont tenus pour des barbares, ignorants et vulgaires, auxquels seule la qualité de combattants est reconnue. Le souvenir des croisades survit, jusqu'à nos jours, dans la permanence du culte des héros musulmans qui ont mené le djihad : Zengî, Nûr al-Dîn et Saladin notamment. Cet affrontement n'a toutefois pas arrêté l'expansion de l'islam : les musulmans s'emparent de Constantinople en 1453. Ils camperont devant Vienne en 1529. La communauté juive a également vécu les croisades comme une agression. Á partir de la fin du XIIe siècle, l'hostilité envers les juifs se développe en Europe. Des massacres sont perpétrés dans l'Empire germanique au départ des deux premières expéditions et tout au long des chemins. Après l'établissement des États latins en Terre sainte, les quartiers juifs subsistent, sauf à Jérusalem qui demeure interdite. De fortes redevances leur sont imposées pour alimenter les "trésors" de croisade. En 1215, le port d'un signe distinctif (la rouelle, symbolisant les 30 deniers de Judas, en tissu de couleur jaune) devient obligatoire…  Commerce Orient-Occident
En revanche, pour l'Occident, les bénéfices, autant matériels que culturels, semblent plus importants. L'Europe a déjà réalisé au début du XIIe siècle de remarquables progrès dans les domaines technique, économique et militaire. Son expansion est le résultat de cette importante mutation. En dépit de l'échec apparent des croisades, l'essor de l'Occident est désormais irréversible et sa prédominance sur la Méditerranée incontestée. La présence d'États latins en Orient a entraîné des transformations sociales, politiques et administratives. Des ordres religieux militaires, les hospitaliers et les templiers, sont chargés de protéger les pèlerins en route pour la Terre sainte. Ils ont transformé, agrandi, embelli les sanctuaires existant à Jérusalem, Nazareth ou Bethléem. Leur influence marquera longtemps l'Occident.
 
En dressant si violemment un monde contre un autre, les croisades, bien qu'achevées depuis plus de sept cents ans, ont marqué fortement les esprits et laissé des traces qui perdurent encore aujourd'hui.

Note : Cliquez sur les miniatures pour les agrandir.
Source : Dossiers pédagogiques de la BNF.

par Théo publié dans : Petites histoires
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